Râleur pas en retard et observateur pas tout neuf
Le Daniel était maçon, oh pas de ceux capables de construire une maison, mais enfin il pouvait monter un mur ou retaper un sol. Mais là où le Daniel excellait, c'était dans son second métier, heureusement occasionnel celui-là: croque-mort. Faut dire qu'il en avait le profil tel qu'on se l'imagine: grand, maigre, fine moustache, teint blafard, longues mains...seuls deux yeux pétillants de malice faisaient fausse note. Il fallait le voir s'occuper du défunt, consoler la veuve (ben oui, elles nous survivent!) avec quelques phrases choisies ("on est peu de chose" "Il nous manquera tous" "Il a eu au moins la chance de vous avoir"...), le ton compassé, la mine contrite, le curé enfoncé. Pourtant le Daniel était un joyeux drille, pas le dernier à raconter une histoire salace dans les banquets, ni à remettre sa tournée dans les bistrots. Cette façon talentueuse de savoir s'adapter aux circonstances n'avait pas échappé à l'instituteur, à la recherche de comédiens amateurs pour la pièce de théâtre donnée chaque année en juin par les Joyeux Fervents Bourguignons, l'association culturelle dont il s'occupait.
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