L'égout fangeux de l'affaire Clearstream n'est que l'épilogue d'une bataille de loups cherchant à s'entredévorer pour le contrôle de la horde. Or celle-ci est terminée depuis belle lurette et nous en connaissons tous le résultat paradoxal. Car curieusement, c'est le loup le plus petit mais non le moins hargneux ni le moins méchant qui l'a emporté contre un ex chef de meute de belle prestance mais trop placide et surtout bien naïf. Alors que l'on compte aujourd'hui les morsures n'a plus guère d'importance.
Ce type de comportement au sein d'un même clan n'a d'ailleurs rien de nouveau. Les coups bas et les coups tordus semblent avoir toujours existés sous la Vème. Rappelez-vous, alors que de Gaulle vivait son crépuscule, de Georges Pompidou qui sortit un peu vite ses dents longues, dévoilant prématurément son appétit pour une succession mal acceptée par les barons. Et ce fut l'affaire Markovic, ce garde du corps de Delon retrouvé refroidi sur une décharge parce qu'il aurait eu en sa possession des photos compromettantes de parties fines dans la haute société, avec quelques clichés intéressants de Mme Pompidou. Le scandale fut difficilement contenu et Pompidou élu, mais le coup était parti de son propre camp (on retrouve d'ailleurs un des protagoniste comme partie civile dans l'affaire Clearstream, sans doute parce que ce monde est petit).
Et puis il y eut Chaban, qui lorgnait sur un pouvoir convoité par Giscard. Et voilà comme par hasard qu'une rumeur malveillante annonçe que le sémillant et sportif maire de Bordeaux ne payait pas d'impôts! L'information était exacte, mais il n'y avait là rien d'illégal, Chaban utilisant seulement un avantage fiscal mis en place par le ministre des finances d'alors, un certain Valéry Giscard d'Estaing: l'avoir fiscal! Mais Chaban passa pour un magouilleur et dût se retirer.
Et que dire de la bataille de rue entre Chirac le lévrier et Balladur le bouledogue, excité par Sarko le chihuhahuha...
Mitterrand avait, lui, croqué en son temps l'indigeste Rocard et il suffit de voir manoeuvrer les "jeunes" louveteaux du PS pour se rendre compte que la guerre des chefs n'est pas l'apanage de la droite...et que dans la meute, il n'y a pas que les mâles qui veulent devenir dominants!