Râleur pas en retard et observateur pas tout neuf
Le Jojo lutinait la Louise depuis suffisamment longtemps pour que personne ne trouve rien à redire à ce qu'il la marie. En plus, elle était d'accord. Le Hic, car il y avait un hic (et même plusieurs), c'est que la Dédée, la mère du Jojo, buvait. Et pas qu'un peu. Elle avait un faible pour le ratafia, qu'alle lichait en douce, et ne crachait pas non plus sur l'aligoté de la production familiale. Et le Jojo craignait que pour la noce, ça fasse désordre, la môman du marié bourrée. Et là il pensait au banquet, mais c'était même pas dit qu'elle passe la messe. Il s'en ouvrit au Riri, son père, qui pour toute réponse dit : "t'inquiète pas Jojo, j'm'en occupe!".
On prépara donc la noce dans les règles de l'art et la Dédée eut même son mot à dire dans ses instants de lucidité, c'est à dire plutôt pendant son sommeil. Le jour de la cérémonie, le rassemblement avait lieu chez la Louise d'où devait partir le défilé, et là on vit bien que l'Riri était seul. Endimanché, mais seul. Où donc qu'est-y la Dédée demanda la belle famille à qui le Riri cloua le bec en affirmant que sa femme vomissait triples boyaux et qu'elle avait des vers. A peine entendit-on un petit malin rajouter perfidement: "...dans l'nez!". L'assemblée compatit pour la forme et le cortège s'ébranla. Ici, on ne cherchait pas midi à quatorze heures, du moins c'est ce qu'on prétendait.
Le facteur était en train de se percer les boutons noirs en se regardant le pif dans le petit miroir suspendu à la crémone de la fenêtre de sa cuisine, quand il cru halluciner : le pommier là-bas dans le pré du Riri avait bougé. Il fila vite fait chercher les jumelles qu'il avait achetées dans le catalogue Manufrance et qui grossissaient neuf fois. C'était la première fois qu'il les utilisait et il eut du mal à les sortir de l'étui.
Et là, il vit, ligotée à l'arbre, bâillonnée, mais visiblement pas assoupie, la Dédée privée de mariage.
L'histoire fit bien sûr le tour du pays et un petit malin eut d'ailleurs le mot de la fin: " Ah? ligotée....ben elle a été punie par où elle a péché!"...
(l'histoire est authentique même si elle a été (à peine) romancée)!