Dans le temps, notre facteur s'appelait Désiré, ça ne s'invente pas. C'était un grand maigre déguingandé qui n'avait rien à envier à Jacques Tati dans "Jour de Fête". Fallait le voir enfourcher son vélo, posant un pied sur une pédale pendant que son autre jambe s'envolait rectiligne en arrière. Il trimbalait une énorme sacoche à l'avant plus une autre qu'il tenait en bandoulière. Ce n'est pas que les gens du village étaient particulièrement pressés de recevoir leur courrier mais ils aimaient bien le rituel de la visite du Désiré. Si vous receviez une carte postale, il l'avait déjà lue et vous en faisait le commentaire. S'il s'agissait de l'une de ces funestes lettres entourées d'un liseré noir, il prenait un air compassé et attendait jusqu'à savoir qui était mort afin de diffuser la nouvelle dans le village. Les femmes seules lui proposaient un coup de ratafia, les hommes un canon, ou pire, une ch'tite gnôle de derrière les fagots. Sa réponse était toujours la même:" c'est point de refus".
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