Râleur pas en retard et observateur pas tout neuf
L'an passé tu m'avais confié ton lapin pendant tes vacances, et ça ne s'était pas trop bien passé. Il m'avait mordu pendant que, suivant tes consignes, je le caressais entre les oreilles, et il tapait du pied toute la nuit!
Cette année, tu m'as imposé ton coucou et sa drôle de maison et ce n'est pas de tout repos non plus.
Tout avait plutôt bien commencé, ta bête restait discrète et silencieuse. Elle ne sortait d'ailleurs pas de son nid et je n'avais même pas vu à quoi elle ressemblait. Et puis, alors que je vaquais tranquillement à mes occupations, j'entendis un bruit déchirant qui me fit sursauter.
Je me retournai vers la maison du coucou: rien! Mais qui d'autre que lui? Je me mis donc à surveiller le nid. J'allais m'endormir quand subitement, avec une fulgurante rapidité, l'oiseau sortit de son nid, poussa son cri et réintégra ses pénates comme si de rien n'était. Tout ça n'avait duré qu'une fraction de seconde et je dus me pincer pour m'assurer que je n'avais pas rêvé.
Après plusieurs jours d'observation, j'arrivai aux conclusions suivantes: le coucou sortait plusieurs fois par jour, toujours suivant le même processus, à savoir qu'une petite porte s'ouvrait, la bête se projetait en avant, chantait, repartait à vitesse grand V en arrière et refermait sa porte! Ni vu, ni connu, sale bête! De plus, il me sembla que ces sorties avaient lieu à intervalles réguliers.
J'entrepris donc de le chronométrer et, en répétant plusieurs fois l'expérience, j'en vins à déduire qu'il sortait précisément toutes les heures.
Je me mis donc en embuscade afin de m'en emparer. L'animal était si rapide, qu'à chaque fois ma main se refermait dans le vide. C'est là que je décidai de changer de stratégie.
Je réglai mon réveil à partir de sa dernière sortie et programmai la sonnerie une heure plus tard. J'attendis patiemment (j'avais l'habitude) tout en pratiquant quelques exercices d'assouplissement pour être bien prêt. Il faudrait passer au ralenti la scène qui suivit. A peine le réveil commença-t-il à sonner que j'anticipai mon mouvement en direction de la cabane si bien que lorsque la porte s'ouvrit j'étais sur la trajectoire du volatile. Je l'attrapai en plein vol. Je t'avoue que je serrai un peu la main qui le tenait avec un plaisir sadique : il n'eut pas le loisir de chanter!
J'ouvris ma main lentement, et là ma pauvre fille, j'allai de stupéfaction en stupéfaction. D'abord, je compris qu'il était mort et puis je me rendis compte rapidement, accroche-toi ma fille, que les suisses t'avaient roulée. Ce n'était pas un vrai coucou, c'était un coucou en bois, comme la marionnette de Gepeto! Ah il était bien peint, le bec bougeait, on aurait pu y croire!
Mais les suisses poussent quand même un peu. Ils tablaient sur la vitesse d'exécution pour qu'on n'y voie que du feu. La vitesse, parlons-en! Je m'aperçus que le coucou était attaché à une sorte de support, mû par un ingénieux mécanisme qui le dépliait et le repliait en accordéon, d'où la prodigieuse rapidité du phénomène.
Quoiqu'il en soit, ne t'inquiète pas trop, car, et c'est là la nouvelle, je t'ai acheté un véritable coucou! Certes, ça n'a pas été facile d'en trouver un et c'était un peu cher. J'ai eu beaucoup de mal à lui attacher les pattes sur le support. Il se débattait mais j'y suis finalement arrivé avec de la colle forte. La deuxième difficulté, ça a été de le faire rentrer dans la maison. En poussant un peu j'y suis parvenu, mais c'est vrai qu'il est un peu plus gros que l'autre et que la porte est un peu petite. (A cette occasion, j'ai vu que les suisses avaient mis des aiguilles pour décorer : n'importe quoi!).
Bon, c'est quand même un coucou français : il lui arrive de chanter dans sa maison quand l'autre ne le faisait jamais. Il n'est pas très ponctuel non plus dans ses sorties. Faut dire qu'il a parfois du mal à passer. Quand le mécanisme le pousse dehors, il est souvent tellement surpris qu'il en oublie de chanter. Bon, globalement, il marche moins bien, c'est sûr, sans doute à cause des pattes collées!
Enfin, ma fille, je serai bien content et soulagé quand tu viendras le reprendre. Alors, dès que tu rentres, n'oublie pas de me faire un petit coucou.