Lorsque j'étais gamin et qu'on allait voir nos cousins à la ville, ils m'emmenaient parfois au cinéma du patronage voisin. Un drap, une cinquantaine de chaises, un vieux projecteur et un curé militant idoine me servirent d'initiation au cinéma: j'avais neuf ans.
Il y avait toujours, pour commencer, un court-métrage de Charlot ou de Max Linder, histoire de chauffer la salle.
Puis venait le grand film.
J'en garde plus particulièrement deux en mémoire. Le premier, "La chevauchée fantastique" de John Ford, me
faisait entrer de plain-pied dans un monde épique en noir et blanc que je ne soupçonnais pas, moi qui adorais pourtant jouer avec mon frère aux cow-boys et aux indiens...il faut dire que ni la
patrouille ni la tribu, comptant chacune respectivement un représentant, n'étaient à la hauteur de mes rêves!Et puis nous n'avions pas les moyens de nous offrir une aussi belle diligence et
c'était un tombereau qui faisait l'affaire.
Mais le film qui me marqua le plus fut "Barry" de Richard Pottier (1949). Pour du mélo, c'était du mélo! L'histoire de ce chien d'avalanches qui entre 1800 et 1814, sauva plus de 40 personnes égarées dans le col du Grand Saint-Bernard. Élevé à l'hospice du col par les cénobites (tranquilles), le Saint-Bernard était réputé pour son courage et son dévouement. La scène du film où le brave chien réveille l'enfant enseveli qui va mourir et parvient à le ramener est encore, insoutenable, dans ma mémoire. Inutile de dire que, sous les risées de mes cousins, j'étais en larmes à la fin de la projection. Des années plus tard, en visitant l'hospice, j'eus encore le coeur serré en voyant Barry III empaillé, le I, le seul, le vrai, étant dans un musée à Berne...
Peu de films m'ont redonné cette émotion d'enfant sauf peut-être "un long dimanche de fiançailles" de Jeunet,
d'après le livre encore plus bouleversant de Sébastien Japrisot et dernièrement "le vent se lève" de Ken Loach, avec la scène poignante de la fin entre les deux frères. Je citerai aussi la liste
de Schindler, pour ....le générique de fin dans le cimetière. Et vous?